Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 12:01

Paul Santelmann, responsable de la prospective à l’AFPA (Association pour la formation professionnelle des adultes), a trouvé que mon résumé de la réunion du 23 mai du Grenelle de l’insertion présentait son intervention « de façon un peu réductrice », ce dont je lui donne acte. Voici donc une synthèse de ses préconisations sur la question, datée du 8 juin 2008.

On retrouvera une de ses contributions au Grenelle de l’insertion sur son blog.

Refonder les démarches d’insertion

A) Quelques principes de base

1)      Le crédit de tout système de formation professionnelle tient dans le rapport de confiance qu’il a établi avec les employeurs et les salariés. Toute politique d’emploi ou de formation qui, au nom des intérêts des personnes les plus fragiles sur le marché du travail, amoindrirait ce lien conduirait à l’inverse du résultat attendu.

2)      En dehors d’une petite minorité en rupture sociale lourde, la grande masse des populations concernées par les politiques d’insertion n’a pas un profil (rapport au travail et aux savoirs) très différent des salariés occupant les emplois les plus dépréciés ou ayant les statuts d’emploi les plus précaires. Dans un contexte où il s’agit d’écourter les périodes de non activité et de chômage les politiques de formation doivent s’adresser simultanément à ces deux populations.

3)      L’engagement en formation des personnes en (re)insertion est conditionné par un double enjeu : le retour à l’emploi mais aussi la perspective d’évoluer professionnellement et de ne pas être condamné à vie aux emplois du bas de l’échelle. Tant que cette population aura la conviction qu’il n’y a pas de perspective professionnelle pour les salariés du bas de l’échelle (les travailleurs pauvres) leur intérêt pour la formation demeurera extrêmement ténu.

B) Une politique globale

La capacité des opérateurs de l’emploi et de la formation à améliorer significativement les compétences des salariés est la seule façon de pouvoir démontrer aux entreprises la portée des démarches qu’ils développent auprès des chômeurs et des publics en insertion.

1)      Un effort de formation concentré essentiellement sur les chômeurs de longue durée et les publics en difficulté d’insertion dans une logique de retour rapide à l’emploi (politique curative) n’est crédible que si il est accompagné d’une politique de montée en qualification des salariés les moins qualifiés (les plus menacés de chômage) (politique préventive) et mise en œuvre par les mêmes opérateurs dans chaque bassin d’emploi.

2)      Cela signifie en clair que les opérateurs concernés doivent pouvoir offrir des démarches de développement de compétences facilitant le mixage des sans emploi et des salariés et capables de répondre à la fois à des objectifs de réinsertion dans le travail et de montée en compétences de salariés aspirant à une meilleure employabilité.

3)      Cette politique frontale et coordonnée de formation des chômeurs et des salariés les moins qualifiés qui peut être modulée selon les situations locales, est également un gage d’amélioration de la fluidité du marché du travail et de construction de la sécurisation des parcours qui suppose un dépassement des clivages statutaires.

4)      La spécialisation des opérateurs de formation par public aggravée par l’absence de politique lourde de montée en qualification des salariés « du bas de l’échelle » est certainement l’élément le plus significatif des contre-performances des politiques de formation destinées aux sans emploi.

C) L’entreprise partenaire

Pour les personnes éloignées de l’emploi le fil conducteur des démarches d’insertion vers l’emploi tient dans une traçabilité de la progression des personnes lisible par les entreprises. Complémentairement cette appropriation par les entreprises du sens de la démarche d’insertion doit être identifiée par les personnes concernées. Le monde de l’entreprise doit se reconstituer comme une référence collective pour les personnes en insertion.

Dans la mise en place de plateformes d’insertion, la constitution d’un groupe d’entreprises partenaires (secteur marchand et non marchand) est cruciale pour différentes raisons et à différentes étapes :

  1. En amont où il s’agit de présenter aux entreprises les démarches et les outils mobilisés afin de les faire « valider » (au sens d’un accord sur la compréhension de leur usage et de leur intérêt). Cette présentation des outils permet d’expliquer ce qu’on en attend du point de vue du réengagement des personnes dans une dynamique d’accès à l’emploi.
  2. En amont dans les phases d’accueil collectif des personnes en insertion, il est important que des entreprises viennent signifier leur contribution à la plateforme et échanger avec les personnes.
  3. Durant le parcours, des entreprises partenaires doivent être associées dans des phases de VAE, de découverte des métiers, d’immersion en entreprise, d’alternance formative, de période d’application des savoirs acquis, etc.
  4. En aval à chaque étape collective où il s’agit d’acter ou de valider des acquis, des progrès, des réussites, etc. des entreprises doivent pouvoir être associées à ces moments.
  5. En aval durant les phases d’évaluation et d’amélioration du fonctionnement de la plateforme.
  6. En aval par le biais des entreprises s’engageant à accueillir ou à recruter les personnes en insertion (phases d’intégration, d’insertion ou de professionnalisation dans l’emploi).

Toutes les entreprises ne sont pas prêtes à jouer tous ces rôles simultanément. Certaines peuvent s’impliquer dans telle ou telle phase sans s’engager à recruter, d’autres seront prêtes à tenter des embauches mais ne seront pas disponibles pour d’autres contributions. L’important est d’avoir des représentants du monde de l’entreprise (y compris des représentants des salariés) à chacune des étapes évoquées. Les entreprises locales doivent devenir un des rouages de la plateforme et un des éléments de sa régulation.

Ce préalable est la clef des démarches qui seront mises en œuvre dans la plateforme où chaque outil mobilisé doit obéir à une double exigence : être utile aux personnes en insertion et être appropriable par les entreprises. L’accès aux activités du secteur marchand étant un objectif structurant, il est donc nécessaire de traduire en compétences opérationnelles chaque étape franchie par les personnes (remise à niveau, contrats aidés, VAE, bilans de compétences, etc.) mais également d’articuler cette instrumentation aux référentiels de compétences des entreprises. Toute l’ingénierie de la plateforme doit être sous-tendue par une recherche de cohérence avec les attentes des entreprises mais aussi par une volonté de travailler à la modification des représentations de celles-ci.

D) Une efficacité économique et sociale

La capacité des opérateurs à offrir une gamme de prestations diversifiées en lien avec les entreprises (formations qualifiantes modulaires, orientation professionnelle approfondie, bilans de compétences, coaching, VAE, plateformes techniques vocationnelles, démarches de simulation, etc.) à l’égard de jeunes en insertion, de salariés, de travailleurs temporaires et de chômeurs possède plusieurs avantages qui combinent l’intérêt économique et la performance sociale :

  1. Une rentabilisation d’équipements et de ressources souvent sous-utilisés dans des programmes et dispositifs spécialisés ou ciblés sur des publics précis. Les flux insuffisants de publics poussent paradoxalement à des logiques inflationnistes en durée de prestations ou à des rationalisations par regroupement territorial rompant avec la proximité.
  2. Une montée en compétences des prestataires : en effet la spécialisation par publics ou statuts entraîne la spécialisation par typologie de prestations et d’objectifs. Ne former que des chômeurs fait perdre de vue le point de vue des entreprises, à l’inverse ne former que des salariés amenuise l’instrumentation utile à la reconstruction des compétences ou à leur transférabilité.
  3. La réticence des TPE et PME à accepter que leurs salariés puissent se former dans des délais dépassant la semaine ou le mois ne peut être dépassée que si les opérateurs sont en capacité de remplacer les salariés en formation par des stagiaires ou des travailleurs temporaires. Ce système de remplacement (qui peut être fondé sur du partenariat avec les entreprises de travail temporaire ou des éléments financiers évitant à l’entreprise des coûts supplémentaires) a permis aux pays scandinaves d’optimiser l’usage de la formation permanente.
  4. Le mixage des publics a enfin l’énorme avantage de réduire les discriminations et les représentations négatives des employeurs à l’égard des sans emploi, représentations qui sont aussi portées par de nombreux salariés.

Paul Santelmann, responsable de la prospective à l’AFPA, 8 juin 2008

Par Benoit Willot - Publié dans : opinions et discussions - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
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Le Cahier des charges 2009 des maisons de l’emploi (décembre 2009)

Les Modalités de financement des maisons de l’emploi (décret de décembre 2009)

Rapport du groupe de travail sur l’élaboration d’un nouveau cahier des charges pour le conventionnement des maisons de l’emploi  (Michel Thierry, IGAS, septembre 2009)


L’étude de la DARES : Les maisons de l'emploi conventionnées avant fin juillet 2007 (mars 2009)
Le rapport final de Jean-Paul Anciaux, député de Saône et Loire, sur l'évaluation des maisons de l'emploi (juin 2008)

Le rapport intermédiaire de Jean-Paul Anciaux, député de Saône et Loire, sur l'évaluation des maisons de l'emploi (janvier 2008) avec sa première annexe et sa deuxième annexe.
Le
rapport de Marie-Christine Dalloz, députée du Jura, sur les maisons de l'emploi (juin 2008)
La loi du 13 février 2008 sur la
réforme du service public de l'emploi

La carte des maisons de l'emploi en métropole en décembre 2008 (source : DGEFP, Dares)

L'annuaire des maisons de l'emploi (réalisé par le ministère de l'emploi, mars 2007) 

La liste des maisons de l’emploi labellisées et conventionnées (juin 2008, source DGEFP)

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