Dans cinq articles précédents, j’ai rendu compte de la journée de synthèse du Grenelle de l’insertion, tenue à la Maison de la Mutualité à Paris le 23 mai 2008 et j’ai mis en ligne la version de travail du rapport général du Grenelle de l’insertion.
Je termine ici la reprise d’une partie des interventions.
La quatrième table-ronde était consacrée au thème : « Impliquer davantage les employeurs privés et publics. »
Le rapporteur, Jean-Luc Vergne, directeur des ressources humaines du groupe Psa Peugeot-Citroën, en bon représentant du secteur privé, a commencé par renvoyer la balle sur le secteur public, demandant que les employeurs publics évoluent et prennent plus en charge l’intégration de publics en insertion. Puis il a continué, très classiquement, à refuser l’idée même d'obligations pour les employeurs privés. Mais, élargissant le champ de réflexion, il a remarqué que « ce sont les divergences d'aujourd'hui qui sont les plus-values de demain. »
Toujours dans un rôle convenu, René Bagorski, de la Cgt, a revendiqué de mêmes droits pour tous les salariés, y compris ceux en insertion. Sa collègue de la centrale chrétienne Cftc, Nicole Prudhomme, n’a pas dérogé non plus, soulignant le rôle social de l'entreprise.
Le mélange des genres a commencé quant Valérie Corman, du Mouvement des entreprises de France (Medef) a présenté la brochure une brochure réalisée par l’organisation patronale avec plusieurs acteurs de l’insertion visant à « collaborer et coproduire sur le territoire ». La maquette et le titres sont un peu compliqués, mais l’objectif est de promouvoir la coopération entre le secteur privé et les différents acteurs de l’insertion. Une des idées clés est de diffuser le concept de Geiq (groupements d’employeurs pour l’insertion et la qualification). Le syndicat des chefs d’entreprises s’est également affirmé favorable au développement des contrats de professionnalisation.
Pour Philippe Maitreau, adjoint au maire de Mulhouse (Haut Rhin) et qui siège à la fois au Conseil national des missions locales et à la Commission de labellisation des maisons de l'emploi, un dialogue territorial complémentaire du dialogue social doit être engagé. Il doit permettre de mettre en place une gestion territoriale des emplois et compétences.
Parlant au nom de l’Association des maires de France, Philippe Maitreau a pointé une contradiction des messages de l’État qui, d’un côté, veut que les collectivités territoriales consolident les personnes embauchées en contrats aidés et, d’un autre bord, exige qu’elles réduisent leurs dépenses de fonctionnement. Les collectivités territoriales prennent en compte les personnes globalement, étant à même de créer par exemple des crèches ou des écoles de parents et d’autres services utiles à la reprise d’emploi.
Consultant au groupe Altedia, Xavier Lacoste, a estimé que c'est la collaboration du « nouvel opérateur public » (fusion de l’Anpe et du réseau Assedic) avec les structures du territoire qui sera déterminante pour la réussite des actions d’insertion.
Le moment le plus intense du débat fut lorsque Nardjes Meslem, en contrat d’accompagnement dans l’emploi (Cae) expliqua qu’elle terminerait bientôt son parcours, sans qu’elle ait de perspectives d’emploi stable. Elle remarqua qu’avoir un tel contrat la « marquait » dans sa recherche d’emploi.
Rompant un discours presque consensuel, Alain Bernard, du Secours catholique a suggéré de lier les exonérations de charges pour les employeurs à leurs efforts en matière d’insertion de publics en difficultés. Mais il a aussi dénoncé les menaces de naufrage des chantiers et autres associations d'insertion, frappés par la baisse des crédits publics.
On n’avait pas prévu de lui donner la parole, mais le doyen de l’assemblée, Claude Alphandéry, 86 ans, ancien résistant, banquier, économiste et toujours président du Conseil national de l'insertion par l'activité économique s’est tout de même exprimé, disant sans détours qu’il était choqué que Jean-Luc Vergne ait oublié d’évoquer les entreprises d’insertion dans son rapport, ce qui lui semblait symbolique des ambiguïtés de ce processus du Grenelle de l’insertion.
Ce sera donc avec ses propos que je conclus ma série d’article sur la synthèse des
travaux du Grenelle de l’insertion.
Claude Alphandéry, président du CNIAE

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