Si le prix Nobel de la paix 2006 Muhammad Yunus, 71 ans, reste toujours actif, il a dû céder, contraint et forcé, son poste de directeur général de la Grameen Bank, l’établissement de microcrédit qu’il a créé en 1983.
C’est la Banque centrale du Bangladesh qui, sur injonction du gouvernement, lui reproche d’avoir omis d’obtenir une autorisation en bonne et due forme au moment de sa reconduction en 1999, ce que son âge l’obligerait à demander.
C’est son adjoint, Nurjahan Begum, qui lui succède.
Le Premier ministre de cet État du Bengale oriental, Sheikh Hasina, aurait peu apprécié les attaques de Yunus contre la classe dirigeante du pays, qu’il estime être plus intéressée par « l’argent et le pouvoir ». Elle avait, de son côté, accusé Yunus de « sucer le sang des pauvres » et de faire des manipulations financières pour ne pas payer d’impôts.
La Grameen Bank compte 8 millions de clients et emploie 24 000 personnes. À côté de la banque, Yunus s’est en outre lancé, toujours avec la marque Grameen (village) dans des activités dans les panneaux solaires, les yaourts, l’assainissement des eaux, la téléphonie mobile ou l’assurance-maladie.
Dans un entretien avec le quotidien Libération (05/05/2011) Muhammad Yunus estimait que « Le microcrédit a été dévoyé ». Il estimait par exemple que « le microcrédit n’est pas exempt de problèmes. Il y a souvent trop de prêts offerts par un trop grand nombre d’institutions dans un même village. Ça augmente le risque de surendettement. Mais le principal souci, c’est la financiarisation du microcrédit, qui devrait rester à but non lucratif : certains ont dévoyé le concept à leur profit. Une institution introduite en Bourse, comme en Inde ou au Mexique, ce n’est plus du microcrédit. »
Fort de son expérience, l’économiste avançait aussi des solutions. Il faut ainsi, selon lui « une autorité de régulation dans chaque pays. Il faut aussi plafonner les taux d’intérêts. En Inde, ils le sont désormais à 24%. » Il préconise également d’encadrer la création d’institutions de microcrédit. Il propose aussi de réglementer le social business, l’économie solidaire dans laquelle il voit un important potentiel de développement.
En forme de profession de foi, il précisait : « notre but ne doit pas être de faire de l’argent, mais d’être heureux. On sait bien que l’un ne conditionne pas l’autre. Il suffit de modifier notre façon de penser, d’imaginer. Ensuite, nous créerons le monde qui va avec. »
Muhammad Yunus

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